Avant de proposer ses actions aux investisseurs de Wall Street, une entreprise américaine de défense doit tout déballer. Et dans ce dossier public, le Maroc apparaît discrètement à côté de la liste des clients militaires internationaux.

Quand une entreprise veut être cotée en Bourse aux États-Unis, elle doit déposer un document très détaillé auprès du régulateur financier américain, la SEC. Tout y passe : ses contrats, ses clients, ses risques. C'est ce formulaire — appelé S-1 — que le groupe Lyntris vient de publier, et c'est Barlamane.com qui l'a parcouru.

Ce que dit ce document, c'est que Lyntris — une société qui fabrique notamment des radars, des systèmes de surveillance maritime et des équipements de communication spatiale — mène des « programmes de défense » au Maroc. Le texte parle aussi de « déploiements » dans le royaume, au même titre que dans d'autres pays alliés. Selon Barlamane, qui a consulté le formulaire, on ne sait pas précisément quels équipements ou logiciels sont concernés : le document ne le détaille pas.

Pourquoi c'est intéressant ? Parce que ce type de révélation est rare. Les contrats de défense sont généralement discrets. Là, pour la première fois, des programmes marocains apparaissent noir sur blanc dans un dossier public destiné aux investisseurs internationaux. C'est une fenêtre ouverte sur un volet de la coopération militaire qui reste d'habitude dans l'ombre.

Le Maroc n'est pas le seul pays cité. Le document mentionne aussi l'Égypte, Taïwan et « les pays alliés européens » comme principaux pôles étrangers de l'activité de Lyntris. Selon les chiffres fournis par le groupe, environ 15 % de ses revenus en 2025 provenaient de programmes destinés à des pays alliés, le reste (85 %) venant des programmes américains. Mais attention : cette part de 15 % ne correspond pas aux contrats signés hors des États-Unis — ces derniers représentent moins de 4 % de son chiffre d'affaires en 2025, selon les états financiers.