Le Maroc prépare sa grande modernisation ferroviaire, mais les retombées industrielles pourraient largement échapper au royaume.

En février 2025, l'Office national des chemins de fer (ONCF) a passé une commande massive au constructeur sud-coréen Hyundai Rotem : 440 voitures de train à deux niveaux, conçues pour rouler jusqu'à 160 km/h, et destinées à relier Casablanca aux principales régions du pays. L'objectif affiché : être prêt pour la Coupe du monde 2030.

Mais ce contrat, estimé à environ 14,7 milliards de dirhams (2 202,7 milliards de wons), ne profitera pas qu'à la Corée. En réalité, plus de 200 petites et moyennes entreprises coréennes vont fournir « près de 90 % de l'ensemble des composants » de ces voitures, selon les données du groupe Hyundai Rotem, rapportées par Barlamane.

Autrement dit, l'essentiel des pièces (moteurs, systèmes électriques, aménagements intérieurs, etc.) sera fabriqué en Corée du Sud, puis assemblé — peut-être en partie au Maroc, puisque Hyundai Rotem prévoit d'y produire localement une partie des voitures. Mais le groupe ne précise ni quels travaux seront confiés à l'industrie marocaine, ni quelle part des pièces pourrait être achetée auprès d'entreprises installées dans le royaume.

Un contrat d'entretien de 20 ans qui prolonge la dépendance

La commande ne s'arrête pas à la fourniture. En juin 2026, Hyundai Rotem et l'ONCF ont signé un marché d'entretien de 748,2 milliards de wons (environ 5 milliards de dirhams) pour les 440 voitures, sur une durée de vingt ans. Une coentreprise entre le constructeur et l'office marocain a été créée pour assurer cette maintenance. Mais là encore, aucune précision n'est donnée sur la part des pièces qui sera produite au Maroc.

Ce contrat est historique : il s'agit du plus important marché ferroviaire jamais remporté par Hyundai Rotem à l'étranger. Le groupe a obtenu cette commande grâce au soutien du Fonds coréen de coopération pour le développement économique (EDCF), de l'administration sud-coréenne, de Korail (la compagnie ferroviaire nationale coréenne) et de l'Autorité ferroviaire nationale de Corée.

Pour le Maroc, l'enjeu est double : moderniser son réseau ferroviaire à temps pour la Coupe du monde, mais aussi espérer des retombées industrielles locales. Pour l'instant, les chiffres annoncés ne permettent pas de savoir si cette commande créera des emplois et des compétences au Maroc, ou si elle bénéficiera uniquement à l'industrie coréenne.