Les banques marocaines croulent sous les dettes impayées. Pour les aider, un fonds international pourrait bientôt racheter une partie de ces créances, une première qui pourrait changer la donne pour l'économie du pays.

Quand un client (particulier, petite entreprise ou grande société) ne rembourse plus son prêt, la banque se retrouve avec une "créance en souffrance" sur les bras. Ces impayés coûtent cher aux banques : elles doivent mettre de l'argent de côté pour se protéger, et cela réduit leur capacité à prêter à d'autres clients. C'est un cercle vicieux qui freine le financement de l'économie.

Pour sortir de cette impasse, un acteur international s'apprête à entrer en scène. Selon Challenge, la Société financière internationale (IFC) — une branche de la Banque mondiale qui soutient le secteur privé — et le groupe allemand EOS Holding préparent ensemble un véhicule d'investissement. L'objectif : racheter ces créances aux banques marocaines et les gérer, pour permettre à ces dernières de nettoyer leurs bilans.

Le projet s'appelle "DARP NPL EOS Morocco" et pourrait atteindre 60 millions d'euros (environ 650 millions de dirhams), avec une contribution de 30 millions d'euros de chaque partenaire. Mais rien n'est encore signé : le conseil d'administration de l'IFC doit donner son feu vert lors d'une réunion prévue en octobre 2026. Si le fonds voit le jour, il pourra intervenir sur les créances des particuliers, des TPE-PME et des grandes entreprises, ainsi que sur certains biens immobiliers récupérés par les banques.

Le besoin est réel. D'après les données de Bank Al-Maghrib (la banque centrale marocaine) citées par Challenge, le montant total des créances en souffrance dans les bilans des banques atteignait plus de 100 milliards de dirhams fin 2025, en hausse de 5% sur un an. Et ce chiffre continue de grimper : en mai 2026, il dépassait les 105 milliards. Pour les banques, céder ces créances à un fonds permettrait de libérer du capital et de recommencer à financer des projets.

Cette initiative pourrait aussi créer un marché secondaire des créances au Maroc, où les banques pourront plus facilement vendre leurs actifs dégradés. Reste à voir si le conseil de l'IFC validera le projet, et comment ce fonds sera accueilli sur un marché encore jeune.