Le Maroc fait machine arrière sur sa politique céréalière. Après avoir favorisé la production locale pendant plusieurs mois, le royaume s'apprête à rouvrir ses frontières au blé tendre étranger dès le 16 septembre.
Ce revirement intervient dans un contexte précis : la récolte nationale ne suffit pas à nourrir les minoteries. Sur les 15 millions de quintaux espérés, seuls 6 millions ont été collectés. C'est à peine 12% des besoins annuels de l'industrie. Résultat : les stocks fondent, et il faut importer pour éviter une pénurie.
Concrètement, le gouvernement va remettre en place un mécanisme de soutien aux importations de blé tendre destiné à la minoterie industrielle. Ce dispositif, qui sera en vigueur jusqu'au 31 décembre, doit encourager les opérateurs à acheter sur le marché international. Le principe ? Une prime à l'importation, calculée chaque mois selon l'écart entre les coûts internationaux et un prix de référence fixé à 270 dirhams le quintal. Cette prime tient aussi compte du transport maritime et de la parité entre le dollar et le dirham, précise Challenge.
Autre détail important : l'aide ne sera pas versée en une fois. 80% de la prime sera liée aux volumes réellement importés, et les 20% restants dépendront des quantités livrées aux minoteries. L'idée est d'accompagner l'approvisionnement concret du marché plutôt que de simples achats à l'étranger.
Ce n'est pas un simple ajustement technique, mais un vrai changement de cap. Au début de l'été, Rabat avait rétabli des droits d'importation très élevés sur le blé tendre — jusqu'à 170% — pour protéger la récolte nationale et encourager son écoulement. Malgré une production céréalière en amélioration cette saison, cette stratégie n'a pas suffi. Le pari était clair : favoriser le local. Mais la réalité du marché a rattrapé le royaume, qui doit désormais sécuriser son approvisionnement.
Pour le consommateur, l'enjeu est direct : le blé tendre est la matière première de la farine, donc du pain. Si les minoteries manquent de blé, les prix peuvent flamber. Ce retour à l'importation vise à éviter ce scénario, en renforçant les stocks disponibles.
Reste à voir si cette prime suffira à attirer les importateurs dans un marché mondial toujours tendu. Mais une chose est sûre : le Maroc n'a plus le luxe de se fermer aux marchés internationaux.




