L'Espagne ne voit aucune main marocaine derrière l'arrivée massive de migrants à Ceuta. Le gouvernement de Madrid attribue cet épisode à des rumeurs propagées en ligne, plutôt qu'à une action délibérée du voisin marocain.

Fin juillet, environ 70 000 personnes sont entrées dans l'enclave espagnole de Ceuta, un territoire espagnol situé sur la côte marocaine. Cet afflux, qualifié de « fait indiscutablement grave » par Madrid, a suscité des questions sur le rôle du Maroc. Mais le ministère espagnol de la présidence a officiellement écarté, jeudi 27 août, toute implication du Maroc dans cet événement, selon l'agence de presse EFE.

Le ministre Félix Bolaños, qui s'exprimait devant une commission parlementaire, a affirmé qu'« il n'existe aucune preuve que le Maroc ait dirigé ou encouragé l'entrée massive de personnes ». Il a reproché à l'opposition, notamment le Parti populaire (PP) et Vox, de colporter des accusations sans fondement contre un pays avec lequel l'Espagne doit coopérer. Selon Bolaños, ces formations « manquent de respect » au Maroc « sans la moindre preuve » et auraient besoin d'un « cours de diplomatie élémentaire ».

D'après le gouvernement espagnol, l'afflux de migrants s'explique principalement par « deux intox » : l'une prétendant que la frontière était ouverte, l'autre qu'une entrée à la nage empêcherait tout renvoi. Ces rumeurs sont nées de la déformation d'un arrêt du Tribunal suprême espagnol sur les refoulements à chaud, c'est-à-dire les renvois immédiats de migrants à la frontière. Elles ont été massivement relayées sur les réseaux sociaux, poussant des milliers de personnes à tenter l'entrée.

Le gouvernement espagnol affirme qu'il ne disposait « ni d'information préalable ni précise » sur la magnitude de cette entrée, même si des divergences apparaissent au sein de l'exécutif : le ministère de la défense évoque des alertes du renseignement émises le 29 juillet, tandis que le ministère de l'intérieur les dément. Le département de la présidence rappelle que la priorité reste le retour vers le Maroc des migrants entrés irrégulièrement, et souligne la collaboration de Rabat dans cette opération. Selon Barlamane, qui a rapporté ces déclarations, l'épisode demeure un sujet sensible entre les deux pays.