Quand des ministres marocains évoquent des « villes occupées », Madrid ne hausse pas le ton : il prend son téléphone. La réponse espagnole aux récentes sorties sur Ceuta et Melilla passe par un canal privilégié, celui des chefs de la diplomatie.

Ces derniers jours, plusieurs membres du gouvernement marocain ont remis sur la table la question de Ceuta et Melilla, ces deux enclaves espagnoles sur la côte nord du Maroc. Le ministre marocain de la Justice a ainsi parlé de « droits historiques et géographiques » du Maroc sur ces territoires, tandis que celui des Habous a évoqué la libération de « villes occupées » lors d'un acte présidé par le roi.

Face à ces déclarations, Madrid aurait pu durcir le ton. Il a choisi une autre voie : le contact direct et permanent. Selon le ministère espagnol des Affaires étrangères, son chef, José Manuel Albares, « parle quotidiennement » avec son homologue marocain Nasser Bourita — qu'il qualifie régulièrement d'« ami ».

Barlamane rapporte que cette relation personnelle est placée au cœur de la stratégie espagnole pour gérer les désaccords. Le gouvernement espagnol décrit ces échanges comme « un dialogue diplomatique fluide de grande valeur » et estime qu'« une réponse efficace et viable passe par la diplomatie ».

Sur le fond, pourtant, Madrid reste inflexible. Dans sa communication, le ministère espagnol répète que « Ceuta et Melilla sont deux villes espagnoles », intégrées à l'Union européenne, et que leur appartenance à l'Espagne relève de sa souveraineté internationalement reconnue. Autrement dit : le dialogue est ouvert, mais la position, elle, ne bouge pas.

Ce choix de la diplomatie discrète est une illustration de l'état des relations entre Rabat et Madrid : on se parle, on se ménage, mais les dossiers sensibles — comme celui de ces deux villes — restent posés sur la table.