Jamais depuis 2009 les Marocains n'avaient autant créé d'entreprises. Mais cette énergie contraste avec une chute brutale des projets futurs.

Selon les données du Global Entrepreneurship Monitor (GEM), reprises par PwC pour le ministère japonais de l'économie, du commerce et de l'industrie, le taux d'activité entrepreneuriale précoce (TEA) au Maroc a atteint 12,5% en 2024. Ce chiffre mesure la part d'adultes qui viennent de créer une entreprise ou qui en dirigent une récente (moins de 42 mois). Il a plus que doublé par rapport à 2023, où il était de 6,3%.

Cette hausse spectaculaire, rapportée par Barlamane, s'inscrit dans une trajectoire marocaine très irrégulière : le pays avait connu un pic à 15,8% en 2009, puis était retombé à 4,2% en 2022.

Le paradoxe est ailleurs : les intentions de création — les personnes prévoyant de se lancer dans les trois prochaines années — ont chuté à 16,8% en 2024, contre 23,9% un an plus tôt. C'est le niveau le plus bas depuis 2009, avec un recul de 31,2 points par rapport au sommet de 2020.

Autre signal fort : 78,2% des Marocains déclarent connaître personnellement quelqu'un ayant créé une entreprise récemment, un bond par rapport aux années précédentes. La peur de l'échec touche 50% de la population, tandis que 62,6% perçoivent des occasions favorables et 74,6% se sentent capables d'entreprendre. L'entrepreneuriat est perçu comme un choix professionnel souhaitable par 78,2%, avec un statut social élevé accordé aux entrepreneurs ayant réussi (84,1%).

Mais les moyens financiers restent limités : seulement 12,4% des Marocains financent personnellement une entreprise tierce. Les cessations d'activité restent contenues à 3,3%.

Ce tableau dessine un paysage entrepreneurial en pleine recomposition : les créations réelles explosent, mais la dynamique future semble s'essouffler. Une situation nuancée qui interpelle sur la durabilité de ce mouvement.