Une étape industrielle discrète mais symbolique vient d'être franchie au Maroc : le complexe chinois de Jorf Lasfar a produit plus de 1 000 tonnes de matériaux à base de nickel en six mois. Derrière ce chiffre, c'est toute une filière de batteries électriques qui prend forme à 125 km au sud de Casablanca.

Le fabricant chinois CNGR Advanced Material a annoncé lundi que la production de matériaux à base de nickel de sa première unité marocaine avait dépassé le millier de tonnes durant les six premiers mois de 2026, selon son rapport semestriel consulté par Barlamane.com. C'est le premier bilan public chiffré de la montée en cadence du site, entré en production le 23 janvier 2025.

Pour comprendre ce que ça veut dire concrètement : ces matériaux sont des "précurseurs", c'est-à-dire une étape intermédiaire entre les métaux raffinés (nickel, manganèse, cobalt) et les composants qui entrent dans les cathodes des batteries pour véhicules électriques ou pour le stockage d'énergie. En clair, c'est la matière première de haut niveau qui finira dans les batteries.

L'usine est exploitée par COBCO, une coentreprise qui réunit CNGR et le fonds marocain Al Mada, selon Barlamane.com. Inaugurée en juin 2025, sa première unité a une capacité théorique de 40 000 tonnes par an — mais le seuil semestriel de 1 000 tonnes ne doit pas être confondu avec cette capacité, précisent les observateurs : il n'y a pas d'indications sur les arrêts techniques, les volumes certifiés ou le taux d'utilisation des chaînes.

À terme, COBCO prévoit une capacité annuelle de 120 000 tonnes de précurseurs NMC (nickel-manganèse-cobalt) et de 60 000 tonnes de matériaux actifs en LFP (lithium-fer-phosphate). Le complexe devra aussi inclure du raffinage de métaux critiques et du recyclage, pour fournir l'équivalent de 70 gigawattheures par an — soit de quoi équiper près d'un million de véhicules électriques.

Ce projet s'inscrit dans une stratégie marocaine plus large : attirer les industriels des batteries pour créer une filière locale. Mais comme le souligne Barlamane.com, le chemin est encore long : 1 000 tonnes semestrielles, c'est trente fois moins que la capacité annuelle envisagée — la montée en cadence ne fait que commencer.