Pourquoi des dizaines de milliers de jeunes Marocains ont-ils tenté de rejoindre Ceuta fin juillet ? Un centre de recherche basé à Doha apporte une réponse qui va au-delà des rumeurs sur les réseaux sociaux : le problème serait avant tout économique.

Le Middle East Council on Global Affairs (ME Council) a publié une analyse sur cet épisode, dont le chiffre est estimé à environ 72 000 personnes, majoritairement de jeunes Marocains. Selon ce think tank, la désinformation en ligne peut expliquer pourquoi tant de gens ont cru qu'une occasion de gagner l'Espagne s'offrait à eux, mais pas pourquoi une population aussi nombreuse était prête à prendre un tel risque.

Pour le ME Council, ce mouvement révèle un angle mort du quinquennat d'Aziz Akhannouch : une économie qui affiche une croissance soutenue et attire de grands investissements, mais qui ne crée pas assez d'emplois pour une jeunesse en quête d'ascension sociale.

Le centre de recherche, basé à Doha, décrit derrière cet épisode des « perspectives d'emploi faibles », un « coût de la vie en hausse », des inégalités de développement et une insatisfaction envers les services publics. Il identifie un « écart croissant entre les réussites économiques du Maroc et l'expérience de nombreux citoyens ».

Concrètement, le pays a connu une croissance d'environ 5 % en 2025 et renforcé son poids industriel dans l'automobile, l'aéronautique et les phosphates. Mais cette progression cache une faiblesse, selon l'analyse : « l'expansion économique n'a pas créé suffisamment d'emplois productifs » pour absorber l'augmentation de la population en âge de travailler.

La raison : les investissements se concentrent dans des industries très capitalistiques et de grands projets. Ils accroissent la productivité et attirent les capitaux étrangers, mais sans produire d'emplois dans les proportions nécessaires. D'où la coexistence de « solides indicateurs économiques globaux » avec des « tensions persistantes sur le marché du travail », surtout chez les jeunes.

Selon Barlamane, les dernières données du Haut-Commissariat au Plan (HCP) confirment cette fracture générationnelle : au deuxième trimestre 2026, le chômage touchait encore 27,2 % des 15-24 ans, malgré la création de 279 000 emplois supplémentaires.