La Russie, l'un des plus grands producteurs de pétrole au monde, achète de l'essence au Maroc. Une situation inhabituelle qui en dit long sur les difficultés de son raffinage.

Au cœur de l'été, alors que les routes marocaines se remplissent de vacanciers, un navire battant pavillon panaméen quitte Tanger avec une cargaison de 30 000 tonnes d'essence AI-92. Destination : Mourmansk, un port russe situé au-delà du cercle polaire arctique. C'est ce qu'ont révélé deux sources du secteur de l'énergie à l'agence Reuters, qui attribuent la livraison à la compagnie Loukoïl.

L'essence AI-92 est un carburant courant pour les voitures en Russie, similaire à notre essence sans plomb. Que Moscou en importe du Maroc peut surprendre, mais la raison est simple : plusieurs grandes raffineries russes ont été stoppées par des attaques de drones ukrainiennes. Résultat, la production nationale d'essence est tombée à 65 % des besoins habituels en période estivale, rapporte Barlamane.com.

Face à cette pénurie, les autorités russes ont dû limiter les ventes de carburant dans certaines régions et ont même interdit les exportations. Elles se tournent désormais vers l'étranger pour approvisionner leur marché intérieur. Outre le Maroc, la Russie achète aussi de l'essence à l'Inde, acheminée par voie maritime, selon Reuters, qui a été relayée par Barlamane.

Ce commerce avec le Maroc n'est pas anodin. Depuis 2016, Rabat et Moscou ont signé des accords de coopération énergétique, et le Maroc a dû se tourner vers le gaz naturel liquéfié après la fermeture du gazoduc Maghreb-Europe en 2021. La Russie, de son côté, cherche à compenser les pertes liées à l'embargo européen sur ses produits raffinés, en vigueur depuis février 2023.