Acheter des obligations d'État, prêter aux entreprises publiques, financer la dette : les banques marocaines travaillent de plus en plus pour le secteur public. Au point que l'État est aujourd'hui leur premier client, selon Médias24.

Ce n'est pas un scoop que l'État emprunte de l'argent. Mais la nouveauté, c'est le poids qu'il pèse désormais dans le bilan des banques marocaines. D'après Médias24, qui a analysé des données de Bank Al-Maghrib (la banque centrale), l'État et sa « sphère élargie » — c'est-à-dire les collectivités locales, les établissements publics et les entreprises publiques — représentent aujourd'hui le plus gros volume de prêts accordés par les banques.

Comment ça marche ? Les banques prêtent à l'État principalement en achetant des bons du Trésor (des titres de dette émis par l'État pour se financer). Mais ce n'est pas tout : elles accordent aussi des crédits directs aux entreprises et institutions publiques, via des montages de plus en plus sophistiqués. Résultat : une part croissante de l'argent des banques va vers le secteur public plutôt que vers les entreprises privées ou les particuliers.

C'est ce qu'on appelle un « effet d'éviction » : quand l'État emprunte beaucoup, il « aspire » l'épargne disponible, et les banques ont moins de ressources à prêter au privé. Bank Al-Maghrib reconnaît l'existence de ce phénomène, mais le juge « modéré » — du moins selon ses calculs. Problème : ces calculs portent sur un périmètre restreint, qui ne prend pas en compte tous les circuits de financement de l'État. La réalité pourrait donc être plus marquée.

Ce que ça change concrètement ? Moins de crédits pour les entreprises privées peut freiner l'investissement et la création d'emplois. Pour les particuliers, cela peut aussi se traduire par des conditions de prêt moins avantageuses. Bref, le rôle de « premier client » de l'État n'est pas anodin : il redessine en profondeur le paysage bancaire marocain.