Le Maroc est officiellement le champion du monde de l'importation d'un produit industriel discret mais essentiel : le soufre. Un statut qui dit beaucoup de la puissance de son industrie d'engrais, mais qui expose aussi le pays à des risques géopolitiques majeurs.

Selon un rapport de la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (Cepal), un organisme régional des Nations unies, le Maroc a été le premier importateur mondial de soufre en 2025, avec 24,2 % des achats mondiaux. Il devance la Chine (19,6 %) et l'Indonésie (9,5 %). Concrètement, cela signifie que sur l'ensemble du soufre acheté dans le monde cette année-là, près d'un quart est allé au Maroc.

Ce soufre n'est pas anodin : c'est la matière première qui permet de fabriquer l'acide sulfurique, lui-même utilisé pour transformer le phosphate brut en acide phosphorique, un composant clé des engrais. Autrement dit, cette première place mondiale reflète la force de l'industrie marocaine des engrais, un secteur stratégique pour le pays. Mais elle révèle aussi une dépendance : le Maroc doit importer massivement ce soufre pour faire tourner ses usines.

Le problème, c'est d'où vient ce soufre. Le golfe Persique est le principal fournisseur mondial. La Cepal précise que les Émirats arabes unis, le Qatar et l'Arabie saoudite sont en tête des exportateurs. Cette concentration géographique signifie que les cargaisons destinées au Maroc transitent par des zones où la navigation est devenue risquée. Les tensions militaires autour de l'Iran ont déjà, en 2026, perturbé le trafic maritime, fait grimper les coûts d'assurance et rendu les armateurs plus prudents, selon des opérateurs et analystes cités par la source.

Un point crucial à retenir : la région du golfe Persique ne fournit pas que du soufre. Elle joue un rôle central dans le commerce mondial de nombreuses matières premières, avec notamment 31 % de la production mondiale de pétrole brut en 2025, et une part importante des exportations d'ammoniac, d'urée et de méthanol, comme le rapporte l'étude. C'est tout cet écosystème qui est potentiellement vulnérable.

Source : Barlamane