Après une longue période de tensions et d'isolement diplomatique, l'Algérie tente de reconstruire des ponts avec ses voisins du Sahel. Une offensive de charme qui vise clairement à contrer l'influence grandissante du Maroc dans cette région stratégique.
Pour comprendre ce qui se joue dans le Sahel, il faut imaginer une carte où deux puissances rivales, l'Algérie et le Maroc, se disputent l'amitié de leurs voisins du sud. Depuis quinze mois, Alger vivait une brouille profonde avec Bamako. Aujourd'hui, cette crise est officiellement refermée : les ambassadeurs sont revenus dans leurs capitales respectives et l'espace aérien malien a été rouvert aux appareils algériens.
Mais le geste le plus spectaculaire concerne le Niger. Selon Barlamane, l'Algérie a livré début août aux forces nigériennes quatre hélicoptères militaires, dont deux appareils de combat et deux de transport, accompagnés de pièces de rechange et de munitions. Ce rapprochement va plus loin avec la relance de projets pétroliers communs et la reprise de la vente de pétrole brut nigérien.
Ce changement d'attitude ne doit rien au hasard. Il intervient au moment même où le Maroc renforce sa position auprès des pays de l'Alliance des États du Sahel, une organisation régionale dont le Mali est le cœur politique. Pour Alger, il devient urgent de reconquérir l'influence perdue, avant que les investissements marocains ne se transforment en avantage politique durable.
Le rapprochement algéro-malien a pris une dimension particulière quand le premier ministre malien a évoqué une «convergence totale de vues» avec le président algérien, notamment sur le respect de la souveraineté des États et la non-ingérence. Une manière de tourner la page après la rupture la plus brutale qui avait illustré l'effacement diplomatique de l'Algérie dans la région.
Reste à voir si cette offensive de charme suffira à inverser la tendance. Car sur le terrain, l'implantation marocaine en Afrique de l'Ouest ne se limite pas à la diplomatie : elle s'appuie aussi sur des projets économiques concrets, qui pourraient peser lourd dans les choix politiques des pays sahéliens dans les années à venir.




