La fermeture des frontières intérieures de l'Europe n'est plus un tabou. L'Italie a décidé de suspendre l'accord de Schengen avec l'Espagne, rétablissant des contrôles aux frontières pour les voyageurs venant de la péninsule ibérique.

Ce vendredi, le ministère italien de l'intérieur a annoncé la suspension de l'application de l'accord de Schengen avec l'Espagne, ordonnant la fermeture des frontières maritimes et aériennes. Concrètement, les passagers en provenance de Madrid, Barcelone, Valence, Séville, Malaga ou des Baléares devront passer par les postes de police des frontières à leur arrivée en Italie. La mesure serait en vigueur pour un mois, selon la presse italienne.

L'accord de Schengen, c'est ce pacte européen qui permet normalement de circuler librement entre les pays membres sans contrôle aux frontières intérieures. Sa suspension est une décision rare et lourde de conséquences politiques. D'après Barlamane, la mesure a été décidée après une réunion du comité d'analyse sur l'immigration et la sécurité des frontières, sous la présidence du ministre de l'intérieur italien, Matteo Piantedosi.

L'élément déclencheur : l'entrée en quelques jours de quelque 60 000 personnes dans l'enclave de Ceuta, une ville espagnole située sur la côte marocaine, dont près de 50 000 en vingt-quatre heures. Le ministère espagnol de l'intérieur a indiqué que plus de 37 500 retours avaient déjà été effectués vers le Maroc.

Cette décision italienne a provoqué une escalade verbale. La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, avait déjà annoncé jeudi des mesures exceptionnelles, qualifiant les images de l'enclave d'« impressionnantes ». Son vice-président, Antonio Tajani, a attribué cet afflux à la régularisation de plus de 500 000 étrangers en situation irrégulière décidée par le gouvernement espagnol, parlant d'une mesure « prévue par les traités et rendue aujourd'hui inéluctable ».

Côté espagnol, la réponse est cinglante. Le ministre des affaires étrangères, José Manuel Albares, a convoqué l'ambassadeur d'Italie et dénoncé des propos relevant de la « démagogie partisane ». Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a contre-attaqué en citant les données de l'agence européenne Frontex, qui recense les entrées irrégulières : 478 600 par l'Italie entre 2021 et 2026, contre 234 760 par l'Espagne. Une manière de dire que l'Italie n'est pas mieux lotie.

Ce bras de fer entre Rome et Madrid montre à quel point la question migratoire reste un point de fracture majeur au sein de l'Union européenne. Pedro Sánchez a appelé les Vingt-Sept à ne pas se diviser. Reste à voir si cette suspension temporaire sera suivie d'effets ou si elle restera un symbole de la tension croissante entre les deux pays.