L'Europe dit vouloir coopérer avec le Maroc, mais son financement annuel reste le plus faible de la région. Un paradoxe qui prend tout son sens alors que la route migratoire passant par le royaume est la seule à voir ses traversées augmenter.

Chaque année, l'Union européenne alloue au Maroc 152 millions d'euros dans le cadre de son instrument de coopération et de développement (IVCDCI). C'est moins que la Tunisie (165 millions), l'Algérie (160 millions), la Libye (220 millions), la Mauritanie (210 millions) ou l'Égypte (210 millions), selon des données de la Commission européenne rapportées par le quotidien espagnol El Economista. Le royaume se retrouve ainsi dernier de ce classement nord-africain.

Ce constat peut surprendre : Bruxelles qualifie régulièrement le Maroc de « partenaire stratégique ». Et Rabat évalue à 500 millions d'euros par an le coût de la surveillance de ses frontières pour gérer les flux migratoires, rapporte le même média. Les autorités marocaines estiment que sa position géographique — face au détroit de Gibraltar, tout près de l'Espagne, sur l'une des routes les plus directes vers l'Europe — justifierait une aide européenne plus généreuse.

Ce différentiel financier intervient à un moment clé. Selon les chiffres de Frontex, l'agence européenne de garde-frontières, la route de la Méditerranée occidentale est la seule voie d'accès à l'UE où les passages irréguliers ont augmenté entre janvier et juillet 2026 : +37 % sur un an, alors que l'ensemble des franchissements irréguliers vers l'Europe a baissé de 37 %.

Il faut toutefois préciser que cet instrument européen ne sert pas uniquement à gérer les migrations. Doté d'un budget global de 79,5 milliards d'euros pour 2021-2027, il finance aussi la coopération au développement, les Objectifs de développement durable de l'ONU ou encore l'Accord de Paris sur le climat. La protection des migrants et la lutte contre le trafic de personnes en font également partie.

Ce déséquilibre, rapporté par Barlamane, soulève une question simple : comment l'Europe concilie-t-elle son discours de partenariat avec un financement qui place le Maroc en dernière position de la région, précisément sur une route migratoire en pleine hausse ?