La crise migratoire entre Rabat et Madrid connaît un nouveau chapitre. Les autorités marocaines refusent pour l'instant d'accepter les corps des personnes décédées lors de la tentative d'entrée massive à Ceuta, tant que l'Espagne n'aura pas fourni les documents nécessaires.

Le ministre de la Justice Abdellatif Ouahbi a expliqué, samedi 22 août sur la chaîne saoudienne Al-Arabiya, que le royaume ne pouvait pas recevoir des dépouilles sans identification. Concrètement, le Maroc demande à Madrid de transmettre les dossiers médicaux des défunts et un décompte exact du nombre de morts. À défaut, les autorités marocaines se verraient contraintes de refuser l'entrée de ces corps sur leur territoire.

Au-delà de la question des corps, le ministre a soulevé un autre point de discorde : le sort des mineurs non accompagnés. Selon lui, l'Espagne insiste pour rapatrier les défunts mais refuse de revenir sur le cas de ces jeunes migrants, alors même que l'Union européenne a validé leur retour au Maroc. Une position jugée sélective par Rabat, qui estime que Madrid ne peut pas demander des efforts contre l'immigration irrégulière tout en gardant certains migrants.

Il faut rappeler le contexte : le 30 juillet dernier, près de 60 000 personnes ont pénétré dans la ville de Ceuta, selon des données espagnoles citées par le ministre. Environ 53 300 d'entre elles sont reparties vers le Maroc peu après. Les autorités marocaines affirment que tous les décès ont eu lieu sur le territoire espagnol et que leurs forces ont fait preuve de retenue, évitant des affrontements violents.

Le ministre a également évoqué les mineurs non accompagnés, les exonérant de toute responsabilité juridique. Sa justification : ces jeunes seraient partis après avoir vu des publications en ligne vantant les avantages de l'Europe. Une manière de souligner que leur départ ne relèverait pas d'un choix pleinement conscient.

Cette prise de position intervient alors que les relations entre Rabat et Madrid sont déjà tendues sur la question migratoire. Pour l'instant, aucune solution n'a été trouvée, et le ministre appelle à une clarification de la doctrine espagnole pour chercher ensemble une solution globale et définitive.

Selon Barlamane, ces déclarations montrent la volonté du Maroc de ne pas laisser entrer de corps sans informations préalables complètes.