L'Espagne réagit à une semaine de traversées maritimes meurtrières vers l'enclave de Ceuta, en construisant un obstacle flottant destiné à décourager les candidats à l'entrée.
Ceuta, c'est ce petit bout d'Espagne posé sur la côte marocaine, collé à l'Afrique. Beaucoup de gens sans papiers tentent d'y entrer depuis le Maroc, soit en longeant la côte, soit en passant par la clôture terrestre. Cette semaine, les arrivées ont été massives, avec plus de 50 000 traversées comptées par les autorités espagnoles depuis jeudi. Un mouvement qui a aussi fait des morts : au moins 67 corps ont été retrouvés du côté espagnol, selon les autorités, certaines personnes se noyant ou étant écrasées en tentant de franchir la digue et la barrière terrestre.
Pour stopper ce flux, la garde civile espagnole a commencé samedi à installer une barrière flottante de 500 mètres, arrimée au brise-lames de Tarajal, un des points de passage les plus utilisés. D'après le gouvernement espagnol, rapporté par Barlamane, cet équipement pneumatique dépasse de 30 à 70 centimètres au-dessus de l'eau, s'enfonce jusqu'à un mètre sous la surface, et s'accompagne de bouées ancrées au fond. Une ouverture est laissée pour les bateaux de patrouille. Le but : bloquer les canots pneumatiques tout en laissant passer la police maritime.
Le dispositif s'ajoute à d'autres mesures annoncées par le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, qui parle d'une « barrière de contention, physique ne serait-ce que visuelle ». Il accuse les passeurs d'avoir répandu une fausse interprétation d'une décision de la Cour suprême espagnole, laissant croire que les migrants interceptés en mer ne seraient pas renvoyés. Les autorités espagnoles affirment aussi que la situation revient à la normale : plus de 48 300 personnes ont déjà été renvoyées vers le Maroc, selon leur décompte.
Pourquoi ça compte ? Parce que Ceuta est l'un des deux seuls points de passage terrestres entre l'Afrique et l'Union européenne. Ce qui s'y passe a des répercussions directes sur les politiques migratoires européennes, et sur la relation diplomatique entre Rabat et Madrid. L'Espagne écarte en revanche l'idée que son programme de régularisation de plus d'un demi-million de sans-papiers ait encourage ces traversées, puisqu'il exige une résidence antérieure à 2026.




