Le Maroc conserve un accès privilégié aux financements militaires américains pour ses achats d'armement, même si ce dispositif a été élargi à un plus grand nombre de pays.

Concrètement, cela signifie que Rabat peut continuer à négocier directement avec les entreprises américaines de défense, sans passer par le gouvernement fédéral américain comme intermédiaire obligatoire. Ce mode d'achat, appelé "contrat commercial direct", est jugé plus flexible pour l'acheteur.

Selon une analyse du cabinet juridique Covington & Burling, publiée vendredi 7 août, l'Agence américaine de coopération pour la sécurité de la défense (DSCA) a officiellement intégré dans sa politique une modification législative votée par le Congrès en 2023. Cette modification élargit aux membres de l'OTAN et aux "alliés majeurs hors OTAN" (dont le Maroc fait partie) la possibilité d'utiliser le financement militaire à l'étranger (FMF) pour des achats directs, alors que cette faculté était auparavant réservée à une dizaine de pays seulement.

Le FMF est un programme américain qui fournit des subventions ou des prêts à des pays partenaires pour qu'ils achètent du matériel, des services ou des formations militaires américains. Il existe deux façons de l'utiliser : soit par le biais du gouvernement américain (FMS, ventes militaires à l'étranger), soit par des contrats commerciaux directs (DCC), où l'acheteur traite directement avec l'entreprise.

Avant ce changement, seuls dix pays bénéficiaient de cette possibilité de contrats directs : Israël, l'Égypte, la Jordanie, le Maroc, la Tunisie, la Turquie, le Portugal, le Pakistan, le Yémen et la Grèce. Désormais, ce sont 52 pays qui y sont éligibles, selon Covington & Burling. Parmi eux, les 32 membres de l'OTAN (dont seuls la Grèce, le Portugal et la Turquie en bénéficiaient déjà) et 19 alliés majeurs hors OTAN, comme l'Australie, le Japon ou la Corée du Sud.

Pour le Maroc, l'enjeu est de taille : cela permet de maintenir une relation directe avec les industriels de la défense américains, sans dépendre uniquement des circuits intergouvernementaux. Selon Barlamane, qui a relayé cette analyse, le royaume conserve ainsi un statut particulier dans les achats d'armement, même si la concurrence pour ces financements s'élargit.