Les images de jeunes Marocains se jetant à la mer vers Ceuta fin juillet ont agi comme un révélateur : elles résument, en une scène, les frustrations accumulées pendant le quinquennat d'Aziz Akhannouch, à six semaines des élections législatives.

Ce qui s'est passé à la fin du mois de juillet n'est pas un simple fait divers. Des milliers de personnes ont tenté de rejoindre l'enclave espagnole de Ceuta à la nage. Pour beaucoup d'observateurs, cette ruée est le symbole d'une jeunesse qui exprime son mal-être face au chômage et à la hausse des prix.

Le gouvernement met en avant des chiffres économiques positifs. La croissance devrait atteindre 4,9 % en 2025 selon Bank Al-Maghrib, la banque centrale. Le déficit budgétaire est passé de 5,5 % à 3,9 % du PIB entre 2022 et 2024. Mais ces indicateurs pèsent peu face aux réalités du terrain : le taux de chômage des 15-24 ans atteint 37,7 % selon le Haut-Commissariat au plan (HCP), et la durée moyenne de recherche d'emploi est passée de 31 à 36 mois.

Selon Barlamane, trois griefs principaux sont formulés contre le chef du gouvernement : un conflit d'intérêts, puisqu'il est propriétaire du premier distributeur de carburants du pays, la vie chère, et la non-réalisation du programme électoral, notamment la promesse d'un million d'emplois.

Le ministère de l'Intérieur a dénombré 40 000 tentatives de passage vers Ceuta et 1 135 vers Melilla les 30 et 31 juillet, selon son porte-parole Rachid El Khalfi. Il fait état de onze morts, dont dix noyés, et attribue la mobilisation à une « exploitation malveillante » des réseaux sociaux. Les autorités espagnoles, elles, recensent jusqu'à 72 000 tentatives et 48 300 entrées effectives. L'ONG Caminando Fronteras dénombre au moins 141 morts, tandis que le Conseil national des droits de l'Homme (CNDH) évoque quatorze décès côté marocain et réclame une vérification conjointe.

Le chef du gouvernement et son porte-parole n'ont pas commenté ces événements publiquement. À six semaines du scrutin, cette séquence risque de peser lourd dans la campagne électorale.