Au Maroc, un employé étranger qui ne parle pas darija met les Marocains face à une question qui fâche : pourquoi ce serait toujours à eux de faire l'effort ?

L'incident est rapporté par Barlamane, qui observe une scène dans une station de lavage de voitures. Un employé originaire d'Afrique subsaharienne parle français à un client, en expliquant qu'il ne maîtrise presque pas l'arabe dialectal (la darija). Le client lui fait remarquer qu'il travaille au Maroc et qu'il serait logique d'en apprendre au moins les bases.

L'employé considère son séjour comme provisoire — il veut rejoindre l'Europe dès que possible — et dit que la plupart des gens lui répondent en français, ce qui ne lui pose aucune difficulté. Mais le client lui répond que tout le monde ne parle pas français au Maroc.

Barlamane compare cette scène avec une autre : celle d'un touriste européen qui, sans même demander, s'adresse en anglais à un jeune Marocain en supposant qu'il comprendra. Dans les deux cas, l'effort d'adaptation linguistique repose sur le Marocain.

Ce qui interroge, c'est cette facilité. Dans beaucoup de pays, apprendre la langue nationale est nécessaire pour travailler, faire des papiers et s'intégrer. Au Maroc, il est possible de vivre et bosser sans la darija. Selon Barlamane, le multilinguisme est une richesse, mais à condition que l'effort d'adaptation soit réciproque. Quand ce n'est que d'un côté, ça devient le reflet d'un rapport inégal.