Les récentes tensions à Sebta ne sont pas qu'un incident de plus dans la longue liste des crises migratoires : elles ont poussé le Maroc à demander ouvertement une refonte de son partenariat avec l'Europe.
Selon Aujourd'hui le Maroc, une source gouvernementale marocaine a livré lundi soir une lecture qui dépasse largement la gestion immédiate de la crise. En filigrane, c'est toute la philosophie de la coopération migratoire entre Rabat et Bruxelles qui est remise en question.
Ce que dit le gouvernement marocain, c'est que la récente poussée migratoire à Sebta n'est pas due à un relâchement de ses propres efforts pour lutter contre l'immigration clandestine. Le véritable déclencheur serait une décision de justice espagnole rendue le 8 juillet dernier, qui a supprimé le principe de la reconduite automatique des migrants arrivés par voie maritime. En clair : les migrants arrêtés ne sont plus automatiquement renvoyés dans leur pays d'origine, ce qui a changé la donne pour les passeurs et les candidats à l'exil.
« La digue migratoire n'a pas cédé sous les passeurs, mais sous une décision de justice espagnole », affirme cette source, citée par Aujourd'hui le Maroc. Elle ajoute que les autorités espagnoles connaissaient cette évolution mais n'ont ni concerté ni anticipé avec Rabat, laissant les réseaux criminels exploiter la brèche.
Au-delà de cette explication, le message est clair : le Maroc ne veut plus être considéré comme le simple gardien des frontières de l'Europe. Désormais, Rabat entend être traité en partenaire souverain, avec une responsabilité partagée et un volet développement économique. La crise de Sebta sert de point de rupture pour exiger une évolution du cadre de coopération, que Rabat juge inadapté aux réalités actuelles.
Ce changement de ton intervient après des mois de tensions diplomatiques entre le Maroc et l'Espagne. Pour comprendre : la reconduite automatique était l'un des principaux outils de dissuasion contre l'immigration clandestine. Sa suppression, décidée par un juge, a mécaniquement affaibli la barrière migratoire. Et Rabat estime qu'on ne peut pas lui demander de gérer seule une situation dont il n'a pas été associé à la décision.
La question reste ouverte : l'Europe accepte-t-elle de repenser son partenariat migratoire avec le Maroc sur ces nouvelles bases ?




