Le calendrier diplomatique entre Bruxelles et Rabat vient de bouger : le vote sur l'accord agricole bilatéral, attendu en juillet, se tiendra finalement en septembre. Ce délai n'est pas une simple formalité — il intervient dans un contexte où les deux parties peaufinent un texte déjà appliqué à titre provisoire.

Concrètement, cet accord concerne les produits agricoles échangés entre l'Union européenne et le Maroc. Il est déjà en vigueur depuis le 4 octobre 2025, mais il doit encore être ratifié par le Parlement européen pour devenir définitif. Selon Barlamane, qui a rapporté l'information, la Commission européenne est en train de réécrire le texte avant de le soumettre à nouveau aux élus européens à la rentrée.

Ce qui rend ce dossier sensible, c'est la question du Sahara. L'accord, signé à Bruxelles le 3 octobre 2025 par l'ambassadeur marocain Ahmed Réda Chami, étend aux produits venant du Sahara les mêmes avantages douaniers que ceux accordés aux marchandises marocaines. En clair, les tomates, melons ou autres fruits cultivés dans cette région pourront entrer en Europe avec des taxes réduites, comme les produits du reste du Maroc.

Rabat aborde cette échéance avec un certain optimisme. En novembre 2025, le Parlement européen a rejeté de justesse (à une voix près) une tentative de bloquer l'étiquetage des produits du Sahara sous les appellations régionales marocaines «Laâyoune-Sakia El Hamra» et «Dakhla-Oued Eddahab». Autre soutien de taille : fin octobre 2025, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté une résolution qui fait du plan d'autonomie marocain la base des discussions sur le territoire — un tournant salué par le roi Mohammed VI comme une «victoire éclatante».

Côté marocain, on insiste sur les retombées concrètes pour la population locale. Le texte prévoit des investissements dans l'eau, l'irrigation, l'énergie et le dessalement. Dans la région de Dakhla, le plan agricole national Génération Green prévoit 5 000 hectares de serres, et un appel d'offres pour 1 090 hectares est déjà ouvert, avec des concessions de 25 à 40 ans. Un parc éolien de 60 mégawatts et une usine de dessalement (environ 37 millions de mètres cubes par an) doivent fournir l'eau nécessaire — uniquement pour l'irrigation, précise l'agence de développement agricole.

Reste une question : que changera le report de septembre ? Pour l'instant, l'accord continue de s'appliquer en attendant. Mais le délai laisse le temps à la Commission de revoir sa copie, et aux opposants de tenter de nouvelles manœuvres. Une chose est sûre : ce vote sera scruté de près, tant il engage l'avenir commercial et politique entre l'Europe et le Maroc.