Votre dernier achat de T-shirt à 5 € a peut-être englouti des centaines de litres d'eau quelque part au Maroc, sans que l'étiquette le mentionne. C'est ce que dénonce un rapport de l'Institut royal des affaires internationales (Chatham House) daté du 24 juillet.

Selon Barlamane, qui a consulté l'étude, le commerce mondial des textiles déplace une partie croissante de son coût écologique vers les pays où les vêtements sont fabriqués, dont le Maroc. Le rapport parle d'« eau virtuelle » — la quantité d'eau verte (pluie et humidité du sol), d'eau bleue (rivières, lacs, nappes) et d'eau grise (celle nécessaire pour diluer la pollution) qui est consommée ou polluée pour fabriquer un produit.

Aujourd'hui, 16 % de l'utilisation non durable de l'eau et 11 % de l'épuisement des nappes phréatiques dans le monde sont liés à des produits fabriqués dans un pays mais consommés dans un autre. Dans plusieurs pays à revenu élevé, entre 40 % et 80 % de leur empreinte hydrique dépend de l'eau utilisée à l'étranger, selon le rapport. Pendant ce temps, un quart de la population mondiale subit déjà un stress hydrique extrêmement élevé — 74 % en Asie du Sud.

Le Maroc est explicitement cité par Chatham House comme un de ces pays où l'industrie textile déplace sa pollution hydrique. Les marques européennes se tournent de plus en plus vers des fournisseurs en Europe orientale, en Turquie, au Maroc et dans d'autres pays d'Afrique du Nord. Mais le rapport prévient : rapprocher les lieux de production des consommateurs ne garantit pas une eau mieux gérée ni de meilleures conditions sociales.

Le document ne donne toutefois aucun chiffre précis pour le Maroc — ni sur l'empreinte hydrique de son industrie textile, ni sur le volume d'« eau virtuelle » exporté avec ses vêtements. Ce qui est certain, c'est que la production mondiale de fibres a presque quadruplé depuis 1975, passant de 34 millions de tonnes à environ 132 millions en 2024, et pourrait atteindre 169 millions en 2030. La quantité produite par habitant a doublé, de 8,3 kg à 16,2 kg par an, poussée par une consommation qui continue d'augmenter.

Concrètement, cela signifie que chaque fois qu'on achète un vêtement bon marché fabriqué au Maroc, on utilise de l'eau qui manque déjà sur place — sans que le prix ni l'étiquette ne le reflètent.