Des milliards investis, des emplois qui ne suivent pas : c'est le paradoxe que le rapport annuel du CESE a mis en lumière pour l'année 2025. Et pour la première fois, l'institution ne s'épargne pas elle-même dans ses critiques.

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE), organisme consultatif marocain, a publié son rapport annuel. Le document dresse un constat en demi-teinte : la croissance économique du pays a été réelle en 2025, mais elle n'a pas profité à tout le monde. L'emploi reste rare, les inégalités territoriales persistent, et certains droits sociaux, comme l'assurance maladie, ne sont pas toujours accessibles.

Selon Barlamane, qui a relayé le rapport, le CESE a calculé qu'entre 2021 et 2025, l'investissement cumulé a atteint des sommets, mais le nombre d'emplois nets créés est resté très faible. En clair, le Maroc investit beaucoup, mais cela ne crée pas suffisamment de postes. Le rapport note que « la croissance économique génère de moins en moins d'emplois ».

Concrètement, la croissance de 4,9 % en 2025, après 4,4 % en 2024, a été portée par un rebond de l'agriculture, un secteur fragile car dépendant des aléas climatiques. La production céréalière, par exemple, a été inférieure à la moyenne historique. Hors agriculture, l'activité a ralenti, avec des secteurs comme l'automobile, le textile ou l'électronique en baisse. En revanche, le tourisme a bien fonctionné, avec près de 20 millions de visiteurs.

Mais le point le plus frappant du rapport est peut-être ailleurs : le CESE, qui critique sévèrement l'exécution des politiques publiques, se montre beaucoup plus clément envers lui-même. Barlamane souligne que l'institution réduit son propre rôle à un inventaire de réunions et d'autoévaluations positives, sans démontrer ce que ses recommandations ont réellement changé.

En résumé, ce rapport officiel met le doigt sur un problème majeur : l'argent investi ne crée pas assez d'emplois, et les inégalités persistent. Il pointe aussi la difficulté d'une institution consultative à mesurer son impact réel sur les politiques publiques. Un constat qui invite à réfléchir sur l'efficacité des stratégies économiques actuelles.