Le gouvernement marocain planche sur des chiffres de croissance optimistes pour 2027, mais les principales institutions économiques du pays ne partagent pas cet enthousiasme. Un fossé qui complique la construction du budget.

Quand on prépare un budget, il faut d'abord imaginer de combien d'argent on disposera. Au Maroc, l'exécutif table sur une croissance de 4,1% en 2027, selon Barlamane. Mais ce chiffre est contesté : le Haut-Commissariat au Plan (HCP) et Bank Al-Maghrib (BAM), la banque centrale, anticipent une progression bien plus modeste, autour de 3%.

L'enjeu est crucial : les recettes fiscales dépendent directement de la croissance. Si le gouvernement table sur 4,1% mais que la réalité n'atteint que 3%, le déficit budgétaire risque de se creuser, compromettant les objectifs affichés. La ministre de l'Économie, Nadia Fettah, a présenté fin mars une programmation budgétaire triennale prévoyant un déficit contenu à 3% du PIB en 2027 et une dette publique réduite à 63% du PIB d'ici 2029.

Pourquoi un tel écart ? Le gouvernement semble miser sur une forte reprise agricole, tandis que le HCP et BAM sont plus prudents. Le Fonds monétaire international (FMI) est le seul grand institution à soutenir les prévisions gouvernementales, avec 4,5% attendus, mais sous réserve d'une météo favorable pour les récoltes. La lettre de cadrage budgétaire annuelle, qui doit officialiser ces chiffres, n'a pas encore été signée.

Concrètement, ce désaccord n'est pas un simple exercice technique : il conditionne la marge de manœuvre de l'État pour financer services publics, investissements et dettes. Si le gouvernement se trompe, ce sont les caisses qui trinqueront.