Le Maroc affiche de très bons chiffres économiques, mais les investisseurs qui détiennent ses obligations en dirhams perdent de l'argent cette année. La raison principale : la monnaie nationale, qui s'affaiblit face au dollar.
Pour comprendre ce paradoxe, il faut d'abord savoir ce qu'est une obligation. C'est un prêt que vous accordez à un État (ou une entreprise), qui vous rembourse avec des intérêts. Les obligations marocaines en dirhams ont perdu 3% de leur valeur en dollars depuis janvier, selon MCB Capital Markets, un cabinet financier dont le bilan hebdomadaire est rapporté par Barlamane.
Ce recul s'explique par deux choses. D'abord, le prix des obligations elles-mêmes a légèrement baissé (0,5%). Ensuite, et surtout, le dirham s'est déprécié face au dollar : cela représente 2,6% de perte sur le change. En clair, même si vos obligations gagnent un peu d'intérêts, si la monnaie dans laquelle elles sont libellées perd de la valeur face au dollar, vous perdez de l'argent une fois converti en dollars.
Ce qui est frappant, c'est que cette perte survient alors que l'économie marocaine semble en bonne santé. MCBIM (la branche gestion d'actifs de MCB) crédite le Maroc d'une croissance de 4,9%, d'un taux directeur de 2,3% (le taux auquel la banque centrale prête aux banques), d'un déficit courant et d'un déficit budgétaire maîtrisés (respectivement 2,3% et 3,6% du PIB). Surtout, l'inflation est tombée à 0,3% en juin, contre 1,2% en mai, grâce à la baisse des prix de l'alimentation, des transports, du logement et d'autres postes de consommation. C'est l'un des taux les plus bas d'Afrique, comparé à 3,7% à Maurice, 5% en Afrique du Sud ou 15,9% au Nigeria.
Le problème, c'est que ces fondamentaux ne protègent pas contre la faiblesse du dirham. Et cette faiblesse pèse aussi sur la comparaison avec les autres pays africains : l'indice africain des obligations en monnaie locale a gagné 2,44% en dollars depuis janvier, tiré par la Zambie (+31,4%) et le Nigeria (+11,4%), tandis que le Maroc est à la traîne.
Les obligations marocaines en devises (les euro-obligations) affichent, elles, un rendement nul depuis janvier, pendant que l'indice africain correspondant progressait de 3,54%. Les rendements des titres marocains se sont établis à 2,2% à un an, 2,4% à deux ans, 3,2% à dix ans et 3,7% à vingt ans, selon le tableau arrêté au 27 juillet. Sur la seule dernière semaine, la baisse a été de 0,44%, attribuée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient qui pourraient faire remonter les prix du pétrole.
En résumé : les investisseurs étrangers qui prêtent au Maroc en dirhams voient leur gain potentiel annulé par la dépréciation de la monnaie. Un phénomène qui illustre la sensibilité du Maroc aux variations du dollar, malgré ses bonnes performances économiques. D'après Barlamane, qui rapporte les calculs de MCBIM.




