Le débat public est souvent encombré de déclarations répétées sans preuves concrètes, ce qui peut conduire à la confusion et à la désinformation. Il est essentiel de différencier la répétition d'une affirmation de sa démonstration, car une affirmation ne devient pas valide simplement parce qu'elle est répétée à plusieurs reprises ou relayée par de nombreux médias.
La déontologie journalistique insiste sur l'importance de séparer les faits des commentaires. Les faits doivent être étayés par des preuves objectives et vérifiables, tandis que les commentaires sont libres, mais doivent être clairement distingués des faits. Dans le cas des enquêtes d'investigation, leur crédibilité ne provient pas de l'écho médiatique qu'elles suscitent, mais de la solidité des preuves qu'elles présentent.
Récemment, des accusations liées au logiciel Pegasus ont ressurgi, avec des raisonnements similaires à ceux avancés il y a cinq ans. La principale nouveauté réside dans l'évocation d'une prétendue « source interne », dont l'identité n'a pas été révélée. Cette coïncidence avec la Réunion de haut niveau entre le Maroc et la France, consacrée au renforcement de leur partenariat stratégique, soulève des questions sur le choix du calendrier.
Il est important de rappeler que, en journalisme comme en droit, une source anonyme ne constitue pas une preuve en soi. Elle peut conduire à une preuve, mais nécessite d'être corroborée par des éléments indépendants et vérifiables. La charge de la preuve incombe à celui qui allègue, et dans un État de droit, il incombe à l'accusateur d'établir ses affirmations.
La crédibilité d'un média se mesure à la qualité des preuves qu'il produit, et non à la gravité des accusations qu'il publie. Une enquête ne vaut que si elle résiste au contrôle des faits et au débat contradictoire. La répétition d'une allégation ne lui confère pas une valeur probante, et les faits ne se décident pas par le nombre d'articles publiés ou leur fréquence de diffusion.




