Le Maroc voit sa croissance s'accélérer, mais un économiste prévient : sans un changement de moteur, cette embellie pourrait ne pas durer.
L'économie marocaine semble reprendre des couleurs. Les prévisions officielles annoncent une croissance de 4,8% pour le deuxième trimestre 2026, après 4,6% au premier. Mais cette performance soulève une question de fond : s'agit-il d'un simple rebond après des années difficiles, ou du début d'une vraie transformation économique ?
Mohammed Jadri, économiste, apporte des éléments de réponse dans un entretien rapporté par Challenge. Selon lui, l'économie sort progressivement d'une période marquée par plusieurs années de sécheresse, une inflation importée et un ralentissement des marchés extérieurs. La croissance actuelle s'inscrit donc dans une "normalisation progressive", ni plus ni moins.
Ce qui est nouveau, c'est que les moteurs de la croissance changent. Pendant longtemps, l'économie marocaine dépendait surtout de l'agriculture et de la demande européenne, deux facteurs très volatils. Aujourd'hui, on voit émerger d'autres piliers : les infrastructures, l'industrie, les services, le tourisme, les grands projets et, progressivement, l'investissement privé. C'est ce changement de structure qui pourrait annoncer un nouveau cycle.
Mais pour Jadri, ce n'est pas encore gagné. Il estime qu'il serait prématuré de parler d'un nouveau cycle pleinement installé. La croissance ne sera durable, dit-il, que lorsque le secteur privé deviendra la principale force motrice de l'investissement. En clair : tant que la dynamique repose surtout sur des facteurs extérieurs ou des dépenses publiques, elle reste fragile.
Cette analyse intervient dans un contexte où les institutions internationales jugent les perspectives du Maroc "solides", même si elles divergent sur le rythme exact pour 2026. L'enjeu dépasse les chiffres trimestriels : il s'agit de savoir si le pays parvient à bâtir une croissance qui résiste aux chocs.




