Pour les non-initiés, le système financier marocain semble au beau fixe : banques solides, Bourse en hausse, croissance en accélération. Pourtant, le dernier rapport conjoint des trois autorités de régulation du pays révèle des déséquilibres structurels qui méritent qu’on y prête attention.

Ce rapport, le treizième du genre, a été publié mercredi 29 juillet. Il est signé par Bank Al-Maghrib (BAM, la banque centrale), l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS) et l'Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), comme l'a rapporté Barlamane.

D'un côté, le rapport salue la « résilience du système financier ». Les indicateurs sont flatteurs : une croissance économique à 4,9 % (contre 4,4 % en 2024), une inflation maîtrisée à 0,8 %, et des banques qui respectent largement leurs obligations prudentielles. La Bourse, elle, a grimpé de 27,6 %. Ces résultats permettent aux régulateurs de dire que le système a « absorbé les chocs de 2025 sans rupture majeure ».

Mais de l'autre côté, les mêmes experts appellent à une « surveillance rapprochée » sur trois sujets précis.

Le premier, c'est l'endettement des ménages. Le rapport chiffre leur dette à 456 milliards de dirhams. Et parmi les emprunteurs (particuliers comme entreprises), plus de 10 % sont en défaut de paiement — un taux élevé.

Deuxième point de vigilance : la concentration du crédit. Les plus gros débiteurs du pays cumulent à eux seuls 630 milliards de dirhams d'engagements. Cela signifie que si quelques très grands emprunteurs venaient à rencontrer des difficultés, l'ensemble du système bancaire serait exposé.

Troisième sujet, les retraites. Les régimes de pension ont accumulé un déficit technique de 2,3 milliards de dirhams. C'est un déséquilibre qui dure et que la croissance seule ne suffit pas à résorber.

Le rapport ajoute aussi une mise en garde sur les risques technologiques, sans donner plus de détails.

Enfin, même le bon chiffre de la croissance — 4,9 % — mérite d'être nuancé. Cette progression est portée par un rebond de l'agriculture (+8,2 %) après une mauvaise année, tandis que les secteurs non agricoles ont ralenti par rapport à 2024. Pour 2026, BAM prévoit 5,2 % de croissance, mais en comptant sur une hausse agricole de 16 % — un pari très dépendant de la météo. En 2027, le retour à une croissance plus modeste (3,1 %) est déjà anticipé.