Le Maroc joue un rôle clé dans la décarbonation mondiale de la production d'engrais phosphatés, un secteur crucial pour la sécurité alimentaire mondiale. Selon une note de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), en collaboration avec l'Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) et l'Association internationale de l'industrie des engrais (IFA), le pays est en train de redessiner la décarbonation de son industrie phosphatière autour de l'électricité propre, de l'eau et du captage du CO₂.
La demande mondiale d'engrais phosphatés est en constante augmentation, avec près de 150 millions de tonnes produites en 2024, et pourrait atteindre 300 millions de tonnes en 2050. Cependant, cette croissance est accompagnée d'une hausse des émissions de gaz à effet de serre, qui pourraient atteindre 553 millions de tonnes d'équivalent CO₂ en 2050, soit une augmentation de 25 % par rapport à 2024.
Pour répondre à ce défi, le Maroc mise sur l'électricité décarbonée, l'efficacité énergétique et le captage du CO₂. L'électricité à faible teneur en carbone est considérée comme le levier le plus mûr pour réduire les émissions du secteur. Le recours aux contrats d'achat d'électricité, aux certificats d'origine et aux installations renouvelables sur place est également encouragé.
La fabrication de l'acide phosphorique est l'un des principaux verrous techniques à résoudre pour réduire les émissions. La dépendance au soufre fragilise également le modèle phosphatier, car la concurrence pour cette ressource augmente avec la croissance de la demande pour les batteries.
La trajectoire la plus exigeante pour la décarbonation de l'industrie phosphatière pourrait théoriquement réduire les émissions directes de production de 60 à 7 millions de tonnes d'équivalent CO₂ en 2050, soit une baisse de 89 %. Cependant, cela nécessite une action coordonnée entre les producteurs, les pouvoirs publics, les bailleurs de fonds, les systèmes énergétiques et la chaîne agroalimentaire.




