Un gazoduc conçu pour une époque révolue est devenu, en quelques années, un pilier de l'approvisionnement énergétique marocain. Les livraisons de gaz espagnol via cette canalisation ont bondi de 17,4 % en un an, atteignant 81 millions de mètres cubes pour le seul mois de juillet.
Pour comprendre ce qui se passe, il faut d'abord savoir ce qu'est le gazoduc Maghreb-Europe, ou GME. C'est un tuyau géant qui relie l'Afrique du Nord à l'Europe. Il a été construit à une époque où le gaz algérien traversait le Maroc pour rejoindre l'Espagne. Mais depuis quelques années, le flux s'est inversé : c'est l'Espagne qui envoie du gaz vers le Maroc. Et cette voie d'approvisionnement prend de l'ampleur.
Selon Barlamane, qui a rapporté les données du gestionnaire espagnol du réseau gazier, le Maroc a reçu 81 millions de mètres cubes de gaz via ce pipeline en juillet. C'est 17,4 % de plus qu'à la même période l'an dernier. Sur les sept premiers mois de l'année, les importations atteignent près de 400 millions de mètres cubes. À elles seules, les livraisons de juillet représentent environ un cinquième du total, ce qui montre une forte accélération estivale.
Il y a un détail technique intéressant : ces chiffres ne sont pas des estimations commerciales, mais des mesures physiques relevées sur le terrain par le système de contrôle espagnol. Concrètement, quand la valeur enregistrée à la frontière est négative, cela signifie que du gaz sort du réseau espagnol, donc qu'il est exporté.
L'infrastructure elle-même raconte une histoire. Le point de connexion de Tarifa, côté espagnol, a une capacité de sortie quotidienne de 32 gigawattheures (GWh) — soit l'équivalent de 32 millions de kilowattheures par jour. Mais sa capacité d'entrée théorique, dans l'autre sens, est de 444 GWh par jour. Cette différence spectaculaire s'explique : le gazoduc avait été bâti pour transporter le gaz algérien vers l'Europe, pas l'inverse.
Les exportations espagnoles vers le Maroc par cette voie ont commencé le 28 juin 2022, environ huit mois après l'arrêt des arrivées algériennes. Entre cette date et la fin de 2022, près de 1 882 GWh ont déjà transité vers le Maroc. Depuis, le flux ne cesse de s'intensifier.
Reste une question importante : d'où vient ce gaz ? Selon le ministère espagnol de la transition écologique, le combustible expédié au Maroc provient du marché international, et il fait l'objet d'une procédure de traçabilité stricte. Autrement dit, le gaz n'est pas produit en Espagne, mais acheté sur le marché mondial puis revendu au Maroc via le gazoduc.




