Ce n’est pas une hésitation, c’est un décrochage. À l’approche des élections législatives du 23 septembre 2026, les jeunes Marocains ne se contentent plus de bouder les urnes : ils tournent le dos au processus électoral lui-même.

Selon une analyse de Saloua Zerhouni, professeure à l’Université Mohammed V de Rabat et cofondatrice du Rabat Social Studies Institute (RSSI), rapportée par Challenge, les chiffres du ministère de l’Intérieur parlent d’eux-mêmes. Alors que la population en âge de voter est passée d’environ 21,6 millions en 2011 à près de 28 millions en 2026, le nombre total d’inscrits sur les listes électorales a lui reculé : de 17,5 millions en 2021 à 15,8 millions aujourd’hui.

Le phénomène est encore plus net chez les 18-24 ans : leur part dans les listes électorales est passée de 33,6 % en 2021 à seulement 6 % en 2026. Une baisse qui, pour la chercheuse, ne traduit pas une réticence passagère mais bien une prise de distance assumée avec le système électoral.

Selon Zerhouni, trois raisons expliquent cette défection. D’abord, un décalage entre les discours électoraux et les résultats concrets sur les sujets qui touchent directement les jeunes : emploi, éducation, santé, logement, loisirs. Ensuite, l’incapacité des partis politiques à renouveler leurs pratiques, leurs discours et leur manière d’interagir avec les nouvelles générations. Enfin, l’émergence d’autres espaces d’expression et de mobilisation — notamment numériques — qui concurrencent les formes classiques de participation politique.

En clair, le défi ne se limite pas à pousser les jeunes à voter. Il s’agit, selon la chercheuse, de restaurer la confiance, de moderniser la représentation politique et de reconnaître les nouvelles façons dont les jeunes s’engagent aujourd’hui dans la cité.