Le temps où la France vendait surtout des produits high-tech au Maroc et lui achetait des tomates et du textile est révolu. Désormais, l'équilibre commercial entre les deux pays s'est inversé — et c'est le Maroc qui vend le plus.
Pour comprendre ce qui se passe, il faut savoir ce qu'est la balance commerciale : c'est la différence entre ce qu'un pays vend à un autre (exportations) et ce qu'il lui achète (importations). Pendant des décennies, la France dominait nettement ce rapport : elle vendait des biens à forte valeur ajoutée (avions, machines, médicaments) au Maroc, qui lui fournissait principalement des produits agricoles, du textile et des phosphates.
Ce schéma appartient au passé, selon les données de l'Office des Changes rapportées par Challenge. En 2024, l'excédent commercial marocain vis-à-vis de la France a atteint 15,9 milliards de dirhams, contre 11,9 milliards l'année précédente. C'est-à-dire : les Marocains ont vendu aux Français pour près de 16 milliards de dirhams de plus qu'ils ne leur ont acheté. En un an, cette avance s'est améliorée de 4 milliards de dirhams.
Et ce n'est pas un accident. Depuis 2017, la balance bilatérale est systématiquement favorable au Maroc, signe d'une montée en gamme de son appareil productif. Le pays n'est plus seulement un fournisseur à bas coût — il est devenu un maillon important des chaînes de production européennes.
Concrètement, que vend le Maroc ? D'abord des voitures : les véhicules assemblés à Tanger ou Kénitra, mais aussi les faisceaux électriques, les sièges et les composants électroniques qui alimentent les usines européennes. Puis des pièces aéronautiques pour les grands constructeurs internationaux, des équipements électriques, du textile réactif, et même des secteurs historiques devenus plus compétitifs comme l'agroalimentaire, les produits de la mer et les engrais phosphatés.
Autrement dit, la France achète désormais au Maroc des composants stratégiques qui sont indispensables à ses propres industries. Les deux économies sont devenues complémentaires d'une manière qui n'existait pas il y a vingt ans. Et dans l'autre sens, le Maroc continue d'importer de France ce qui nourrit sa propre montée en puissance industrielle : avions, machines, équipements électriques et produits pharmaceutiques.




