Le marché américain reste peu attractif pour les engrais phosphatés marocains, malgré une suspension temporaire de droits de douane décidée par Washington. C'est ce que fait ressortir le producteur Itafos Inc., cité par Barlamane, dans ses résultats du deuxième trimestre 2026.

Concrètement, les États-Unis ont suspendu, fin juin, un droit compensateur de 16,8 % qui s'appliquait aux engrais phosphatés en provenance du Maroc. Ce droit est une taxe compensation que Washington impose pour contrebalancer des subventions que les pays exportateurs accorderaient à leurs producteurs. La suspension est valable huit mois maximum, ou jusqu'à la levée de l'état d'urgence si elle intervient plus tôt.

Mais cette mesure ne change pas fondamentalement la donne pour les exportateurs marocains. Selon Itafos, les recettes nettes dégagées sur le marché américain restent inférieures de plus de 100 dollars par tonne par rapport à d'autres destinations. Autrement dit, vendre aux États-Unis rapporte nettement moins qu'ailleurs. C'est pour cela que le groupe juge difficile de savoir si cet allègement douanier va réellement augmenter les quantités d'engrais marocains envoyées vers les États-Unis.

Le contexte plus large est aussi compliqué. Itafos évoque des « bouleversements sans précédent » dans l'industrie : le soufre, matière première essentielle, coûte cher ; la Chine a restreint ses exportations ; et le commerce au Moyen-Orient est perturbé. Autre donnée rapportée par Itafos, sans que cela soit confirmé par le producteur marocain OCP : les installations marocaines auraient fonctionné à seulement 50 % de leurs capacités à la fin du deuxième trimestre.

Enfin, cette suspension ne met pas fin à la procédure américaine qui a conduit à ce droit. Le département du commerce a proposé un taux de 20,04 %, et une enquête quinquennale suit son cours. La décision de la Maison-Blanche a été présentée comme une réponse à des tensions sur les disponibilités d'engrais avant les campagnes d'épandage. D'après Barlamane, la proclamation présidentielle estime que des fournisseurs comme le Maroc peuvent approvisionner les États-Unis sans perturbation à ce stade.