Le Maroc, déjà premier importateur mondial de soufre avec la Chine, voit sa facture exploser : le prix de cette matière première est passé d'environ 100 à 200 dollars la tonne il y a quelques années à 1 300 dollars aujourd'hui.
Cette flambée menace directement les producteurs marocains d'engrais phosphatés, un secteur stratégique pour le royaume. Le soufre est en effet indispensable pour fabriquer l'acide sulfurique, dont 60 % servent à produire des engrais phosphatés. Or le Maroc importe la totalité de sa consommation, selon un état des lieux du marché publié mardi 4 août par la revue américaine Farm Futures.
D'après cette publication, qui s'appuie sur les analyses de l'institut américain des engrais (The Fertilizer Institute, TFI), le Maroc et la Chine figurent parmi les premiers acheteurs mondiaux de soufre, devant l'Indonésie, l'Inde et le Brésil. Le problème est que l'offre se réduit fortement : plusieurs pays producteurs ont restreint leurs exportations de soufre et d'acide sulfurique, comme la Chine, la Russie, la Turquie, l'Iran, l'Égypte et le Kazakhstan, précise Barlamane.
La cause immédiate : l'offensive conjointe des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, engagée en février, a interrompu les expéditions en provenance d'Arabie saoudite, d'Iran, des Émirats arabes unis et du Qatar. Ces pays, situés au Moyen-Orient, assurent environ la moitié des exportations mondiales de soufre. En outre, 24 % du commerce mondial d'ammoniac transite par le détroit d'Ormuz, ce qui a fait bondir les prix de près de 40 % en quelques semaines.
Le vice-président du TFI, Ed Thomas, résume la situation : «Chaque fabricant de phosphate dans le monde a besoin de soufre, et il n'y en a pas assez». Il estime qu'il faudrait un an et demi à deux ans pour que le marché se stabilise, même si le détroit restait ouvert. En attendant, les producteurs marocains, comme leurs concurrents, doivent faire face à des coûts multipliés par six, ce qui fragilise toute la filière des engrais phosphatés.




