La réglementation climatique européenne est en train de redessiner les routes du commerce maritime mondial, et le Maroc se retrouve sur le chemin de ce nouveau trafic.

Depuis que l'Union européenne a renforcé son système de quotas d'émission — un mécanisme qui oblige les pollueurs à payer pour leurs rejets de CO2 — les compagnies de transport maritime doivent désormais payer plus cher lorsqu'elles touchent un port européen. Une récente étude de Puertos del Estado, l'organisme public espagnol qui gère les ports, montre que cette facture pousse les armateurs à repenser leurs itinéraires.

Concrètement, les opérateurs maritimes privilégient de plus en plus des plateformes situées juste hors de l'Union européenne pour leurs opérations de transbordement — c'est-à-dire le fait de décharger des conteneurs d'un grand navire pour les recharger sur un autre, sans que la marchandise n'entre sur le marché européen. Selon Barlamane, ce segment d'activité a chuté de plus de moitié dans les ports du bloc communautaire depuis 2023.

Dans cette recomposition, le port de Tanger Med, situé sur la rive sud du détroit de Gibraltar, à quelques kilomètres de son voisin européen Algésiras, tire relativement bien son épingle du jeu. Son activité est restée globalement stable, ce qui lui permet de conserver sa place dans les réseaux internationaux de conteneurs. Les liaisons directes desservant les marchés européens, elles, ont mieux résisté que le segment du transbordement entre pays tiers, particulièrement exposé au coût carbone.

Les compagnies adaptent désormais leurs réseaux pour éviter les escales coûteuses : elles remplacent parfois une escale européenne par un port voisin hors de l'Union, ou font terminer leurs longues traversées dans une plateforme extérieure avant de transférer les conteneurs sur des navires plus petits. Cette évolution profite aussi aux ports britanniques et égyptiens, précise l'étude espagnole, qui pointe cette tendance comme «un changement structurel du trafic maritime».

Reste que ce déplacement ne signifie pas que Tanger Med remplace globalement les ports européens, ni qu'il capte tous les volumes perdus par les installations de l'Union. Les détails précis de l'étude, notamment la part exacte attribuée à la réglementation carbone dans ces changements d'itinéraires et les autres facteurs en jeu — comme les prix du carburant ou la situation en mer Rouge — sont à consulter dans l'article source.