Les transporteurs marocains attendent toujours leur dû. Alors que le gouvernement avait promis des versements réguliers pour compenser le prix élevé du carburant, plusieurs échéances restent bloquées, et les critiques sur le fonctionnement du marché pétrolier se font plus vives.
Concrètement, depuis 2022, l'État verse une aide financière aux professionnels de la route pour les aider à supporter le coût du gasoil et de l'essence. Mais selon Barlamane, qui rapporte l'information, les syndicats du secteur du transport routier de marchandises ont exigé, dans un communiqué diffusé mardi 4 août à Casablanca, le déblocage immédiat de quatre versements de cette aide.
Le problème ? Le ministère du transport a ouvert les inscriptions pour une nouvelle tranche — couvrant la seconde quinzaine de juillet — sans que les versements de juin et de la première quinzaine de juillet aient été annoncés. Les syndicats dénoncent un « saut » sur trois échéances antérieures, « sans justification objective », selon le texte signé par le secrétaire général de la coordination, Mustapha El Karkouri. Ils affirment que le gasoil se maintient « au-dessus de la barre des 14 dirhams » et que les retards poussent de nombreux professionnels « au bord de la faillite totale ».
Ce retard contredit les engagements pris par le gouvernement. Le ministre délégué chargé du budget, Fouzi Lekjaa, avait promis de maintenir le dispositif tant que le litre dépasserait 12 dirhams. Le porte-parole du gouvernement, Mustapha Baitas, avait, lui, annoncé en mai un versement tous les quinze jours. Les syndicats affiliés à plusieurs centrales (CDT, UMT, UGTM, UNTM) qualifient ce retard de « recul grave ».
Au-delà de ce retard, c'est tout le système de fixation des prix qui est pointé du doigt. Selon Barlamane, l'aide publique versée entre avril 2022 et mars 2024 s'élève à 7,921 milliards de dirhams. Mais cette aide n'est pas conditionnée aux tarifs pratiqués par les distributeurs. Le Trésor finance ainsi un marché dont il dénonce pourtant les « rentes ». L'autorité de la concurrence elle-même décrit des marges de distribution « rapides à la hausse et paresseuses à la baisse ». Autrement dit, quand les prix du pétrole baissent sur le marché international, les prix à la pompe marocains ne baissent pas aussi vite. Au quatrième trimestre 2025, la transmission des baisses n'était que de 67 % sur le gasoil et de 29 % sur l'essence, selon la même source.
Enfin, ce marché a un acteur particulier : le chef du gouvernement est actionnaire majoritaire du premier distributeur du royaume. Une situation qui alimente les critiques, même si l'article ne précise pas les conséquences directes de cette position.




