Le Portugal tire la sonnette d'alarme auprès de l'Union européenne. Son gouvernement redoute que les règles climatiques européennes ne fassent fuir les bateaux de ses ports… vers le Maroc.

Concrètement, depuis 2024, le transport maritime est soumis au Système d'échange de quotas d'émission de l'UE (SEQE-UE). C'est un mécanisme qui oblige les compagnies à payer pour leurs émissions de CO2. Un navire qui fait un trajet entre deux ports européens doit payer pour 100% de ses émissions. S'il va d'un port européen vers un pays tiers, comme le Maroc, il ne paie que pour 50%. Résultat : pour économiser de l'argent, certaines compagnies pourraient choisir de faire escale et de changer de navire dans des ports hors UE, où cette taxe ne s'applique pas.

C'est exactement ce que craint Lisbonne pour son grand port de Sines, situé sur la côte atlantique. D'après Barlamane, qui relaie des sites spécialisés, le Portugal a demandé jeudi 20 août à l'Union européenne de suspendre une partie de ce système pour le transport maritime. Son inquiétude : voir une partie du trafic de conteneurs migrer vers des ports marocains qui ne supportent pas ces mêmes charges carbone, notamment Tanger Med et Nador.

Cette inquiétude n'est pas nouvelle. L'Administration des ports de Sines et de l'Algarve (APS) l'avait déjà exprimée. Son président, Pedro do Ó Ramos, avait expliqué que dans le métier du transbordement — c'est-à-dire le fait de transférer des conteneurs d'un navire à un autre — les grandes compagnies maritimes ont une grande liberté pour choisir leur port de passage. Il estimait que Sines était particulièrement exposé.

De son côté, la Commission européenne avait elle-même identifié Tanger Med dès 2023 comme un « port voisin de transbordement de conteneurs » au titre du SEQE-UE. Ce classement vise précisément à empêcher qu'une compagnie insère volontairement une escale dans un grand port proche de l'Union pour échapper partiellement au marché carbone. Trois critères avaient conduit à cette classification : la proximité géographique (moins de 300 milles marins d'un port européen), le fait que le transbordement y dépasse 65% du trafic total de conteneurs, et l'absence de mesures équivalentes au régime européen à Tanger Med.

Bruxelles a également prévenu qu'elle surveillerait d'éventuelles pratiques de contournement, et qu'elle pourrait proposer des mesures supplémentaires si les flux se déplaçaient vers des ports extérieurs à l'Union. Le Portugal, lui, continue de pousser pour un rééquilibrage, alors que la concurrence entre ports des deux rives de la Méditerranée ne cesse de s'intensifier.