Le gouvernement marocain promet des milliards pour les régions et de grands travaux, mais les chiffres de son propre budget racontent une histoire moins optimiste. Décryptage d'un exercice d'équilibriste.

Le Maroc prépare son budget pour 2027. Dans ce projet de loi de finances, le gouvernement d'Aziz Akhannouch affiche quatre priorités : faire tourner l'économie, rattraper le retard des territoires, renforcer l'État social et tenir les comptes. Le problème ? Ces objectifs ne tiennent pas tous ensemble, selon les calculs révélés par la circulaire n° 12/2026 de la chefferie du gouvernement, rapportée par Barlamane.

D'abord, l'argent promis aux territoires : 210 milliards de dirhams. Mais on ne sait pas précisément quelles dépenses entrent dans cette enveloppe. Ensuite, la croissance économique : le gouvernement table sur 4,1 % en 2027. C'est moins que les 5,3 % espérés pour 2026. En clair, l'économie ralentit, mais les promesses de dépenses, elles, ne ralentissent pas.

Le commerce extérieur complique encore la donne. À fin juin 2026, le Maroc a exporté pour 260,4 milliards de dirhams, mais importé pour 458,8 milliards. Le déficit commercial atteint 198,4 milliards, soit près de 38 milliards de plus qu'un an plus tôt. Et les recettes issues du tourisme et des transferts des Marocains de l'étranger ne suffisent pas à combler le trou.

Malgré tout, le gouvernement promet de « garantir aux générations de demain le droit à un avenir meilleur ». Mais pour financer tout cela, il faudrait que l'économie tourne plus vite qu'elle ne le fait. Les chiffres montrent une contradiction : on demande à une croissance de 4,1 % de porter des dépenses sociales, des infrastructures étalées jusqu'en 2037 et un déficit budgétaire contenu à 3 %.

En résumé, le gouvernement empile les promesses, mais sans arbitrer entre elles. Résultat : un inventaire politique, plutôt qu'un vrai plan budgétaire solide. Pour le citoyen, cela signifie que les grands chantiers annoncés pourraient tarder à se concrétiser, si l'argent ne suit pas.