Le métier d'avocat change de visage au Maroc. Une nouvelle loi, publiée jeudi 20 août, modernise la profession : elle impose un niveau master pour devenir avocat et permet, sous conditions, l'arrivée de cabinets étrangers.

Fini l'ancien système en place depuis 17 ans. La loi n° 66-23, parue au Bulletin officiel du royaume, abroge et remplace le texte de 2008 qui régissait la profession. D'après Barlamane, cette réforme place les avocats dans la « famille judiciaire » et qualifie leur métier de profession « libre et indépendante ».

Le changement le plus visible concerne l'accès au métier. Avant, une licence suffisait. Désormais, il faut au minimum un master ou un diplôme équivalent d'une faculté marocaine de sciences juridiques. Les candidats doivent aussi passer un concours d'entrée à l'Institut de formation des avocats, entre 21 et 45 ans. Ce plafond d'âge a d'ailleurs fait débat : le Conseil de la concurrence avait recommandé sa suppression, mais la Chambre des représentants l'a rétabli après que les conseillers l'avaient porté à 50 ans.

Ensuite, le parcours est long : une année de formation théorique, un certificat d'aptitude, puis 24 mois de stage dont 20 dans un cabinet désigné par le bâtonnier et 4 dans une administration publique. Avant de s'inscrire, le futur avocat prête serment, promettant d'exercer « avec honneur, dignité, conscience, probité, indépendance et humanité ».

Autre nouveauté : les cabinets étrangers peuvent désormais investir au Maroc, mais uniquement via des projets d'investissement approuvés par dérogation ministérielle. Un moyen pour le pays d'ouvrir sa place judiciaire tout en gardant un contrôle.

Cette réforme est portée par le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, lui-même ancien avocat. Selon Barlamane, il a mené ce chantier pendant plus de trois ans et a présenté le remplacement de l'examen d'aptitude par un concours comme un moyen d'attirer « les meilleures compétences ». La loi compte 146 articles, dont la plupart s'appliquent immédiatement, sauf quelques-uns qui attendent des textes réglementaires.

En clair : la profession se professionnalise, mais elle se ferme aussi à ceux qui n'ont pas les diplômes requis. Reste à voir comment les avocats en exercice et les jeunes diplômés s'adapteront.