Des milliers d'entreprises marocaines pourraient perdre leur dirigeant dans les années à venir, et beaucoup n'y sont pas préparées. Un enjeu économique majeur se joue dans les bureaux des fondateurs vieillissants.

Au Maroc, l'essentiel du tissu économique repose sur des entreprises familiales. Beaucoup ont été créées il y a plusieurs décennies par une génération d'entrepreneurs qui arrive aujourd'hui à l'âge de la retraite. Le problème : la question de la succession est rarement abordée à temps, et le pays manque d'outils pour faciliter ces transitions.

Selon Challenge, qui a recueilli l'analyse d'Issam El Maguiri, expert-comptable, environ 150 000 entreprises familiales seraient dirigées par des fondateurs de plus de 55 ans. Et près de 40 % d'entre elles n'auraient engagé aucune réflexion sur leur succession. Autre chiffre frappant : plus de 95 % du tissu entrepreneurial marocain serait constitué d'entreprises familiales.

Mais le vrai frein n'est pas d'abord financier. Il est culturel. Pour beaucoup de ces entrepreneurs, l'entreprise n'est pas un simple actif à vendre : c'est un patrimoine familial, parfois même un "héritage affectif". Cette dimension émotionnelle rend difficile le passage de témoin. Le dirigeant a souvent tout construit lui-même, et l'idée de confier son œuvre à un repreneur — même compétent — peut être vécue comme une perte.

À cela s'ajoutent des obstacles structurels : le marché de la reprise est peu organisé, les entreprises manquent de transparence financière, et le financement des acquisitions reste compliqué. Résultat : trop souvent, la transmission n'est envisagée que lorsqu'elle devient urgente, ce qui la rend encore plus difficile.

L'enjeu dépasse la simple question de la vente. Il s'agit de permettre aux PME performantes de survivre à leurs fondateurs, pour préserver une partie essentielle du tissu productif marocain. Si rien n'est fait, des milliers d'entreprises pourraient tout simplement disparaître avec leurs créateurs, avec des conséquences économiques et sociales importantes.