Le Maroc attire toujours plus de touristes étrangers — 19,8 millions en 2025 et 138 milliards de dirhams de recettes. Mais pendant ce temps, les Marocains consacrent de moins en moins d'argent à leurs propres vacances. Un paradoxe qui dit beaucoup de l'état du porte-monnaie des ménages.

Selon une chronique publiée par Challenge, signée Fatima Zahra Bouzoubaa, les chiffres sont frappants : entre 2014 et 2022, la part du budget des ménages marocains allouée aux loisirs et à la culture est passée de 1,9 % à 0,5 %. C'est la plus forte baisse observée dans toutes les catégories de dépenses sur cette période, selon l'Enquête nationale sur le niveau de vie des ménages du HCP. En parallèle, les dépenses pour l'alimentation, le logement et l'énergie ont augmenté, absorbant mécaniquement l'argent disponible.

Cette tendance s'est accentuée depuis 2022. D'après l'enquête de conjoncture du HCP au premier trimestre 2026, près de 88 % des ménages ne peuvent pas épargner, et plus de 37 % s'endettent ou piochent dans leurs économies pour couvrir leurs dépenses courantes. Résultat : le voyage devient un luxe inaccessible pour une grande partie de la classe moyenne. Les vacances sont souvent la première dépense sacrifiée quand le budget se resserre.

Pourtant, les Marocains restent le premier marché pour les hôtels classés du pays — 8,5 millions de nuitées en 2024, soit 30 % du total. Mais ce chiffre est en recul de 0,4 % par rapport à 2023, alors que les nuitées des touristes étrangers ont bondi de 18 %. En comparaison internationale, le tourisme interne représente 67 % des nuitées en France, 63 % en Espagne, 52 % en Turquie, et seulement 30 % au Maroc — loin derrière des pays au développement comparable. L'Office national marocain du tourisme a lancé une étude auprès de 10 200 Marocains pour comprendre ce décrochage, signe que le problème est pris au sérieux.