Dans le douar Adouz, niché entre montagnes et plaines, un groupe de femmes a entrepris de sauver un trésor textile que l'on croyait perdu. La coopérative Targa Tamaynoute ne se contente pas de produire : elle fait revivre un pan entier du patrimoine marocain.

C'est une histoire de transmission et de mémoire. À une cinquantaine de kilomètres de Béni Mellal, dans la commune de Foum El Anceur, une coopérative féminine fondée en 2019 s'est donné une mission singulière : rendre au tapis de l'Atlas la place qu'il mérite.

Sa présidente, Malika Laaouari, raconte dans un entretien accordé à Aujourd'hui le Maroc comment elle a réussi l'exploit de redonner vie à la zarbia mellalie, un tapis traditionnel propre à la région de Béni Mellal qui avait pratiquement disparu. Après avoir déniché un ancien modèle, elle l'a étudié puis reproduit pour préserver ce savoir-faire et le léguer aux générations futures.

Pour comprendre cette passion, il faut remonter à l'enfance de Malika, dans la région de Khénifra. « J'ai commencé à tisser à l'âge de dix ans » explique-t-elle. Une tradition familiale dans cette zone du Moyen Atlas où l'apprentissage du tissage fait partie de la culture. « Chaque tapis raconte une histoire, porte une identité et perpétue une mémoire collective », insiste-t-elle.

Le chemin n'a pas été facile. À leurs débuts, les fondatrices de la coopérative travaillaient dans des conditions très modestes, installées sur de simples tabourets avec un équipement limité. Mais la détermination a payé : aujourd'hui, un grand nombre de femmes participe régulièrement à cette aventure.

Leur spécialité reste le tapis traditionnel de l'Atlas, confectionné entièrement à partir de laine locale. La coopérative réalise également des zarbiates et différents travaux de couture, de broderie et de randa, à la main comme à la machine.

Un accompagnement a permis d'accélérer le développement de l'activité : selon la présidente, un programme américain a fourni à la coopérative des équipements plus modernes et des métiers à tisser professionnels, améliorant nettement leurs conditions de travail.

Derrière chaque fil se tisse donc un peu plus qu'un objet : une identité. Et une preuve que la mémoire d'un peuple peut se transmettre, un nœud à la fois.