Ce n'est pas une simple dispute entre Rabat et Madrid qui a provoqué la ruée migratoire vers Sebta fin juillet. Selon un think tank marocain, c'est la rencontre de plusieurs problèmes anciens et de circonstances particulières qui a créé l'explosion.

Pour comprendre ce qui s'est passé les 30 et 31 juillet dernier, il faut oublier les explications simplistes. Le Centre de politiques pour le nouveau Sud (PCNS), un institut de recherche marocain, publie une note qui décortique la crise. Son chercheur principal, Abdelhak Bassou, refuse de désigner un coupable unique. Il rappelle que les crises « n'éclatent pas ex nihilo », c'est-à-dire à partir de rien, et qu'aucune cause unique ne suffit à les expliquer.

Le PCNS propose plutôt une grille de lecture à trois niveaux : les fragilités structurelles (comme le chômage), les amplificateurs conjoncturels (comme la popularité croissante de la voie maritime) et les déclencheurs circonstanciels (comme une rumeur virale). C'est leur rencontre qui aurait rendu possible la ruée de fin juillet.

Le chercheur critique trois récits concurrents qu'il juge réducteurs : y voir un différend entre le Maroc et l'Espagne avec l'Algérie en arrière-plan, prêter à Rabat une manœuvre calculée en transposant la crise de mai 2021, ou n'y voir qu'une convulsion sociale ordinaire. Selon lui, ces interprétations cherchent à tout prix une cause et un responsable, quitte à inventer des motivations cachées.

Le premier facteur mis en avant est l'emploi. D'après les résultats du Haut-Commissariat au plan (HCP), le chômage national atteignait 13 % en 2025. Mais ce taux masque des réalités plus dures : 37,2 % chez les jeunes de 15 à 24 ans, 20,5 % chez les femmes et 19,1 % chez les diplômés. M. Bassou y voit une « crise structurelle d'emploi » qui pousse à la migration économique. Ces chiffres décrivent le terrain humain sur lequel une promesse de passage, même peu crédible, peut devenir très attractive.

La durée du chômage aggrave la situation. Toujours selon le HCP, plus de la moitié des personnes sans emploi n'ont jamais travaillé, et près des deux tiers cherchent depuis au moins un an. La durée moyenne de recherche est passée de 31 à 33 mois. Pour le PCNS, ces chiffres ne décrivent pas un simple manque de travail, mais une situation qui rend les habitants plus vulnérables aux promesses de départ.

Source : Barlamane