Des milliers de personnes ont franchi illégalement les frontières de Ceuta et Melilla fin juillet, provoquant une onde de choc politique en Espagne. Une lettre du Parti populaire européen accuse Madrid de mauvaise gestion, mais les relations avec le Maroc restent au centre du débat.

Que s'est-il passé ? Selon Barlamane, qui rapporte une lettre de la délégation espagnole du Parti populaire européen (PPE) adressée aux députés européens, entre 60 000 et 80 000 personnes ont franchi irrégulièrement les accès terrestres et maritimes de Ceuta le 30 juillet. Environ 400 autres ont pénétré à Melilla en escaladant la clôture. Ces chiffres proviennent du ministère de l'intérieur espagnol et de la ville de Ceuta, qui compte environ 84 500 habitants.

Pourquoi cette lettre est-elle importante ? Elle critique vivement le gouvernement de Pedro Sánchez, lui reprochant de ne pas avoir répondu de manière proportionnée à ce que les auteurs qualifient de « violation de l'intégrité territoriale de l'Espagne ». Le texte, attribué à Alberto Núñez Feijóo, président du Parti populaire espagnol, souligne que Madrid a convoqué l'ambassadeur d'Italie après des critiques européennes, mais pas celui du Maroc. Les élus du PPE estiment que Sánchez a préféré l'affrontement avec ses alliés européens plutôt qu'une démarche diplomatique ferme auprès de Rabat.

Mais il y a plus. D'après la lettre, au moins 88 personnes se sont noyées lors des tentatives de traversée à la nage. Entre le 1er janvier et le 15 juillet 2026, 2 991 arrivées irrégulières avaient été recensées à Ceuta et Melilla, soit une hausse de 140 % par rapport à la même période de 2025. Le ministère de l'intérieur assure que 53 000 migrants ont regagné volontairement le Maroc, mais des sources policières évaluent entre 5 000 et 7 000 le nombre de personnes encore présentes à Ceuta. Le président de la ville autonome, Juan Jesús Vivas, estime que la situation n'est pas revenue à la normale : le centre d'accueil temporaire (CETI), prévu pour 512 personnes, en héberge plus de 700.

Enfin, la Commission européenne a proposé une aide financière, technique et logistique à l'Espagne, y compris un déploiement de l'agence Frontex. Mais, selon la lettre, le gouvernement Sánchez aurait refusé cette offre. Un détail qui alimente les critiques et soulève des questions sur la stratégie de Madrid face à la crise.