Derrière chaque fraise espagnole, il y a souvent une main marocaine. La province de Huelva, dans le sud de l'Espagne, a accueilli près de 15 000 saisonniers marocains pour sa dernière campagne agricole — un chiffre qui illustre l'ampleur du phénomène de la migration circulaire.
Ce que l'on appelle « migration circulaire » est un système où des travailleurs étrangers viennent vivre et travailler quelques mois dans un pays, avant de repartir chez eux. C'est une alternative à l'immigration définitive : les saisonniers passent la saison des récoltes en Espagne, puis rentrent au Maroc.
D'après Barlamane, qui a relayé les données de la sous-délégation du gouvernement espagnol, Huelva est de loin la principale porte d'entrée de cette main-d'œuvre en Espagne. Elle concentre à elle seule 85 % des recrutements effectués sous ce régime dans le pays, loin devant d'autres provinces comme Lérida (environ 4 %) ou Albacete (2 %).
Au total, plus de 22 000 travailleurs de huit nationalités ont rejoint la province cette saison via le programme Gecco (gestion collective des recrutements à l'origine). C'est une hausse de plus de 4 000 personnes par rapport à l'année précédente. Les Marocains représentent près des deux tiers de ces effectifs, et il s'agit en grande majorité de femmes qui reviennent souvent d'une campagne à l'autre.
Pourquoi ce dispositif intéresse-t-il l'Espagne ? Parce qu'il est présenté comme un moyen de répondre aux besoins de main-d'œuvre agricole tout en encadrant les flux migratoires. María José Rico, sous-déléguée du gouvernement espagnol à Huelva, a qualifié le bilan de « positif » et a parlé de « succès ». Elle a souligné le rôle de la province comme vitrine de la filière des fruits rouges.
Le programme offre aussi des garanties : certains saisonniers bénéficient désormais du statut de « permanent discontinu », ce qui leur assure un travail pendant quatre ans. Madrid étudie par ailleurs l'entrée d'autres pays, comme le Mali et l'Égypte, dans ce dispositif.
Ces mécanismes portent à près de 28 000 le nombre de travailleurs étrangers liés à la campagne agricole de Huelva. Une main-d'œuvre qui accompagne une production de fraises en léger recul — environ 3 % —, une baisse que la sous-déléguée considère comme compensée par d'autres éléments, sans qu'elle précise lesquels.




