Un programme d'aide destiné aux éleveurs marocains, lancé en 2025, voit ses listes de bénéficiaires fondre de manière inexpliquée. Le ministère de l'Agriculture répond aux critiques, mais sans éclaircir ce point précis.

Pour soutenir les éleveurs après la sécheresse, le gouvernement marocain a mis en place un programme de reconstitution du cheptel. Concrètement, il s'agit de verser des aides financières aux éleveurs pour les aider à nourrir et conserver leurs animaux. Ce programme, doté d'une enveloppe de près de 12,8 milliards de dirhams sur deux ans, a débuté en mai 2025 par un recensement des éleveurs, supervisé par les autorités locales. Selon le ministère de l'Agriculture, 1,2 million d'éleveurs ont été enregistrés au total.

Mais les chiffres transmis au Parlement racontent une autre histoire. D'après les données citées par Barlamane, lors de la première phase du programme, en novembre 2025, environ 1,18 million de personnes avaient reçu une aide. En mars 2026, lors de la deuxième phase, ce nombre est tombé à 1,02 million. Autrement dit, environ 160 000 éleveurs ont disparu des listes entre les deux versements, sans que le ministère n'explique pourquoi. Le ministère, dans sa réponse écrite, se contente d'affirmer que le programme a ciblé « en particulier les petits producteurs », en soulignant que 93 % des éleveurs bovins ont moins de dix vaches et 75 % des détenteurs d'ovins et de caprins ont moins de vingt têtes.

Ce flou n'est pas sans conséquence. Le total des aides versées s'élève à 10,22 milliards de dirhams, soit plus de deux milliards de moins que l'enveloppe annoncée. De plus, le ministère n'a pas publié le détail des montants par taille de troupeau, ce qui rend ses affirmations difficiles à vérifier. Interrogé sur ces écarts, Ahmed El Bouari, le ministre de l'Agriculture, n'a pas fourni de précisions sur les motifs de ces exclusions. Pour les éleveurs concernés, cette situation pourrait signifier une perte de revenus dans un contexte déjà difficile. Pour l'opinion publique, elle pose la question de la transparence de la gestion de ces aides. Le débat est donc loin d'être clos, et les prochains mois montreront si le ministère apportera des réponses plus claires.